ESPACE CHE GUEVARA

Septembre 07

 

Allocution à 2 voix par Tania  

« Tire, lâche, c’est un homme que tu vas tuer ! »

Mario Teran a peur : tu lui sembles immense. Il t’envoie une décharge de mitraillette. Ton existence physique s’achève ici. Nous sommes le 9 octobre 1967 : il est 13H10 dans la misérable école de la Higuera.

Puis ils te coupent les mains, t’exposent comme un trophée sur le lavoir de l’hôpital de Vallegrande : tes yeux sont grand ouverts et tu as sur les lèvres ton habituel sourire irrévérencieux.

Puis ils t’écorchent toute la peau du  visage en essayant d’en faire un masque, et enfin, ils  font disparaître ton corps. Tu seras ainsi, comme l’affirment les Folles de la Place de mai à Buenos Aires,  le premier des 30 000 disparus que comptera L’Argentine . Mais tu n’as pas dit ton dernier mot puisqu’aujourd’hui, tu continues de vivre à travers ceux qui ont entendu l’appel que tu as lancé dans ton message à la Tricontinentale:

 « Peu importe où nous surprendra la mort. Qu’elle soit la bienvenue, pourvu que notre appel soit entendu, qu’une autre main se tende pour empoigner nos armes ».

Même si « chacun porte en lui cette image de beauté, d’insolence, de courage » comme le chante Pierre Vassiliu, nous refusons que tu sois récupéré comme un produit de consommation, nous refusons que tu serves à ton insu les intérêts de l’impérialisme que tu as combattu sans répit. Nous refusons que tu sois édulcoré et  rendu inoffensif et que les pieuvres du capitalisme t’étouffent !  Nous ne saurions  davantage tolérer les propos diffamatoires que répandent à ton sujet les suppôts de l’anti-castrisme.

Nous sommes ici rassemblés aujourd’hui pour le dire haut et fort : El Che vive !

 

Tu vis dans le combat pour la dignité de nos camarades sans papiers ici présents et de tous ceux qui luttent à leurs côtés et sans répit depuis de longues semaines.

Tu vis dans le combat des chômeurs et des travailleurs pauvres qui ont compris que l’ennemi n’est pas l’ouvrier roumain ou russe qui produit à bas prix, mais l’exploiteur capitaliste qui ne vit que pour son profit et contre lequel il faut s’unir

Tu vis dans le combat de  ceux qui continuent de dire NON à toute constitution européenne supranationale, celle qui creuse toujours plus les inégalités et qui massacre les services publics.

 

Nous considérons – et nous le déclarons en toute franchise – que la seule solution juste aux problèmes actuels de l’humanité est la suppression totale de l’exploitation des pays dépendants par les pays capitalistes développés, avec tout ce que cela comporte. 

 

Tu vis dans le combat syndical pour la défense du droit de grève au nom de la liberté d’expression et pour honorer la mémoire de ceux qui ont arrachés des acquis sociaux,  à coups de grèves précisément

 

La démocratie libérale est la forme de gouvernement de la bourgeoisie quand elle n’a pas peur, le fascisme quand elle a peur.

Tu vis dans l’espérance que fait naître en ce 20 et unième siècle ton « Amérique latine, noire et indienne » : les peuples et les gouvernements de Cuba, du  Vénézuela, de la Bolivie, de l’Equateur disent NON à l’impérialisme étasunien, en construisant, à travers l’Alternative Bolivarienne pour les Amériques,  leur souveraineté politique et leur indépendance économique.

Et si nous étions tous capables  de nous unir, pour porter des coups plus solides et plus sûrs, pour que l’aide sous toutes les formes aux peuples en lutte soit encore plus effective, comme l’avenir serait grand et proche !

Tu vis dans les campagnes d’éducation massive et de santé publique que boliviens et vénézuéliens mettent en œuvre pour vaincre  l’analphabétisme et les épidémies meurtrières.

 La culture et la santé publique sont des services pour lesquels nous ne dépenserons jamais assez. Plus nous donnerons, meilleur cela sera pour tous…alors nous continuerons à donner.

Tu vis dans ceux qui luttent pour que soit préservée la vie

 

La clémence doit être la plus large possible à l’égard des soldats qui vont combattre pour accomplir – ou du moins ils le croient – leur devoir militaire. Pas de prisonniers lorsqu’il n’y a pas de grandes bases opérationnelles ou de lieux peu accessibles : les survivants doivent être rendus à la liberté, les blessés soignés par tous les moyens possibles.

 

Ton exemple vit dans les  médecins cubains qui, dans plus de 120 pays du monde, soignent et opèrent dans les conditions les plus difficiles des milliers d’individus qui ne jouissent pas du droit aux soins gratuits parce que, justement, ils ne sont pas Cubains.

C’est le rôle de la révolution de nourrir les enfants, d’éduquer l’armée, de redistribuer la terre du vieux seigneur absent à ceux qui ont sué sur cette même terre sans jamais en voler un seul fruit.

 

 

Il vit dans chaque enfant cubain qui reçoit gratuitement 13 vaccins dans les premières années de sa vie et qui poursuit ses études universitaires sans rien avoir à débourser

Le communisme est le but de l’humanité, un but qu’elle atteint par le développement de sa conscience. L’éducation et l’élimination des vestiges de la vieille société dans la conscience populaire sont donc des facteurs très importants.

 

Tu vis dans la lutte des chômeurs argentins qui récupèrent les usines abandonnées par leurs patrons,  les occupent et y produisent en s’appropriant collectivement le fruit de leur travail

Il est bon de voir qu’ici à Cuba, le premier pas de l’effort de division impérialiste a été vaincu : nous n’avons plus à être honteux de la couleur de notre peau, nous n’avons plus à avoir peur de ne pas avoir de travail à cause notre sexe ou de notre statut social.

 

Enfin, tu vis dans le cœur de nos cinq compañeros cubains : Antonio Guerero Rodriguez, Fernando Gonzalez Llort, Gerardo Hernandez Nordelo, Ramon Labaniño Salazar et René Gonzales Sehwerert, emprisonnés depuis  6 ans dans les geôles étasuniennes au nom de leur lutte contre le terrorisme. C’est à eux et à leur héroïsme que nous dédions cette journée

Et si quelqu’un nous dit que nous ne sommes que des romantiques, des idéalistes invétérés rêvant de l’impossible, si quelqu’un nous dit que les masses ne peuvent être changées en êtres humains presque parfaits, il nous faudra alors répondre mille et une fois : oui, c’est possible ; nous avons raison.

 

 

Bref, tu vis dans chaque être humain qui résiste à l’injustice, au mensonge, à l’oppression sous toutes ses formes, à l’exploitation de l’homme par l’homme ou d’une nation par une autre, tous ceux qui, comme toi, ont pris le parti des humiliés qui luttent et qui préfèrent mourir debout plutôt que de vivre à genoux.

Si un jour vous avez à lire cette lettre, c’est que je ne serai plus parmi vous. Vous ne vous souviendrez presque plus de moi et les plus petits m’auront oublié (…) Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de vous-même toute injustice commise contre quiconque dans quelque partie du monde. Cest la plus belle qualité d’un révolutionnaire.

Ton combat avait  et garde  aujourd’hui une dimension universelle : communiste rigoureux, accordant ses pratiques avec la théorie, tu as exprimé pleinement la solidarité internationaliste, associant l’éthique à la politique. Ton humanisme révolutionnaire rassemble les prolétaires de tous les pays, faisant la différence entre l’exploiteur et l’exploité parce que l’on ne peut pas être des deux côtés de la barricade. Il faut choisir parce le véritable humanisme, l’humanisme conséquent, est révolutionnaire. Toi, tu as choisi et tu as assumé ce choix jusqu’à ses conséquences ultimes. Mourir pour des idées suppose que l’on a d’abord vécu pour ces idées, et vécu intensément. Le guévarisme est bien un humanisme, n’en déplaise à ceux qui te considèrent comme un terroriste parce que tu oses affirmer que, à la violence oppressive du capitalisme, il faut parfois en venir à  répondre par  la violence révolutionnaire.

Le terrorisme est une action généralement inefficace et aveugle dans ses conséquences, car par ses effets, il fait des victimes innocentes dans la plupart des cas, en arrachant des vies qui ont une grande valeur pour la révolution.

Il nous reste aujourd’hui à faire pousser les graines que tu as semées là où nous sommes et au quotidien, à faire vivre en nous la femme nouvelle

La femme est d’une extraordinaire importance dans un processus révolutionnaire. Elle est capable d’effectuer les travaux les plus difficiles, de combattre aux côtés des hommes et ne crée pas, dans la troupe, comme on le prétend, de conflit de type sexuel.

ou l’homme nouveau que tu appelais de tes vœux. Et seulement alors, tu pourras nous appeler « camarade ».

 Laissez-moi vous dire, au risque de paraître ridicule, que le vrai révolutionnaire est guidé par de grands sentiments d’amour. Il est impossible d’imaginer un révolutionnaire authentique sans cette qualité.

 

Tu étais venu, disais-tu, pour élargir les champs du possible, et comme Bolivar, tu as labouré la mer. Il reste beaucoup à faire. Il ne peut y avoir ici en France et en Europe, de justice sociale et d’avancée significative, sans un nouvel internationalisme prolétarien. La solidarité entre les peuples du monde ne peut pas se faire dans le cadre ni dans les valeurs du capitalisme :

Ou révolution socialiste, ou caricature de révolution !

Ce front anti-impérialiste de solidarité internationaliste ne peut se concevoir en opposant les peuples du nord à ceux du sud, mais au contraire en les unissant dans un seul et même projet de civilisation réellement universaliste.

 

Comme on le dit en Bolivie, tu reviendras, et tu seras des millions !

 

Comme Fidel, qui jamais ne t’abandonna, nous te disons:

                                                         « Hasta siempre, Comandante ! »

                                                                Le socialisme ou la mort !

                                                                Nous vaincrons !