Che Textes
     

ESPACE CHE GUEVARA

30 rue Edouard Dupray

76210 BOLBEC

FRANCE 

     

                 

Exigeons-nous ce qui paraît impossible : - la suppression du capitalisme - à partir de l'âge de 16 ans et pour tous, une formation professionnelle de base et continue, un travail utile, un salaire unique et égal -

Qui sommes-nous?
l'Adhésion
Contactez-nous
CHE BROCHURE
CHE GUEVARA PAR LES DOCUMENTS

Che ses œuvres

Che ses poèmes

Che ses discours

Che ses lettres

Che ses citations

Che livres

Che textes

Che documents

Che photos

Che poèmes

Che chansons

Che CD

Che DVD

Che CDR

Che vidéo K7

Che films

Che Timbres

Che monnaies

Che divers

CHE Exposition
Boutique

 

ERNESTO CHE GUEVARA

 Rêver, lutter et conquérir :

« soyons réalistes,exigeons l’impossible »

 ESPACE CHE GUEVARA

 

 

Liste de Textes sur CHE Guevara :

 

 

Pour ne pas se tromper sur le CHE

 

Le 24 septembre 2005

Par Françoise Lopez

J’ai assisté l'autre soir dans une petite ville de province à la projection de « Carnets de voyage » puis au débat organisé à la suite du film par « une association de solidarité avec les peuples d'Amérique Latine, pas avec les gouvernements » en collaboration avec une association de cinéma. Je ne me faisais pas trop d’illusions sur les positions de l'association de solidarité avec l'Amérique Latine vis-à-vis de Cuba, ayant participé à sa dernière assemblée générale nationale  au cours de laquelle il avait été impossible d’avoir un débat sur Cuba. Mais là, ça a été le bouquet. Au responsable de l’association, j’ai demandé en arrivant s’il avait l’intention de faire appel à la solidarité des spectateurs pour aider les cubains à réparer les dégâts du cyclone Charley. Et on m’a répondu : « non, il n’y a pratiquement pas eu de dégâts à Cuba, c’est surtout en Floride qu’il y en a eu ! »… Alors j’ai expliqué que s’il n’y avait eu que 4 morts à Cuba et 30 en Floride, c’était que les cubains avaient mis en place un plan de prévention qui avait effectivement évité les pertes humaines, mais qu’en revanche, il y avait eu de gros dégâts matériels. La soirée commençait mal. Le reste fut à l’avenant.

Tout d’abord, la salle était trop petite et une partie des spectateurs potentiels, dont le coordinateur de la manifestation, n’ont pas pu entrer et sont repartis. L’explication qui nous a été donnée fut qu’on était en retard et qu’on n’avait donc pas pu changer de salle comme cela avait été prévu s’il y avait du monde. Comment un directeur de salle a-t-il pu imaginer qu’il n’y aurait personne à un film qui faisait partie de la sélection à Cannes ?

Du film, il n’y a pas grand-chose à dire, si ce n’est qu’il ne m’a pas du tout laissé l’impression que j’avais ressentie en lisant le livre. Dans la première partie, Ernesto Guevara et son compagnon Alberto Granado sont présentés comme de jeunes irresponsables qui conduisent leur moto comme des fous, mentent à longueur de journée pour se faire héberger et nourrir sans bourse délier. Dans le livre par contre, il s’agit de jeunes un peu fous fous, certes, mais en rien irresponsables et toujours à l’écoute de la misère du peuple. La moto est un engin rapetassé avec les moyens du bord (une Norton 500 de 1939) qu’ils n’arrivent pas à contrôler sur les routes défoncées d’Amérique Latine. Son nom « La Poderosa » signifie « La Puissante » et non « La Vigoureuse » , un engin au moteur trop puissant…La salle se tordait de rire chaque fois que l’un des deux héros tombait de moto et réagissait peu le reste du temps.

 La deuxième partie du film, essentiellement consacrée au séjour des deux compères à la léproserie de San Pablo, rachetait un peu la première. Certes, on y constatait un changement de comportement mais sans que soit anéantie l’impression produite précédemment.

Ensuite, le responsable de l'association de solidarité avec l'Amérique Latine nous expliqué que si le Che avait une énorme capacité de travail, c’était parce qu’il était malade et que quand la maladie le clouait au lit, il travaillait. Cela m’a fâcheusement rappelé mes études littéraires, lorsque certains profs nous expliquaient doctement que si Proust était génial, c’était parce qu’il était asthmatique. Si l’asthme provoquait le génie, ça se saurait. Rien de tel que ce genre de raisonnement pour démolir un personnage en ayant l’air de l’encenser car cela signifie en clair que s’il  a du génie, il n’y est vraiment pour rien, ce n’est pas de sa faute... Ensuite, il a comparé le « mythe Che Guevara » au « mythe Kennedy » !... Il y avait dans le temps, à l’université où j’étais étudiante, un excellent cours intitulé « Thèmes et mythes ». Ce monsieur aurait eu intérêt à le suivre. Un thème est un sujet qui revient de façon récurrente à une certaine époque ou à certaines époques. Un mythe prend ses racines dans les peurs ou les aspirations ancestrales de l’humanité. Che Guevara est devenu un mythe. Kennedy ne sera jamais qu’un thème. Et d’ailleurs, le peuple ne s’y trompe pas. A-t-on déjà vu la frimousse de Kennedy sur un tee-shirt ? Et il a ajouté : « Le Che est devenu un mythe parce qu’il a eu un destin fulgurant comme Kennedy. Quand on regarde les choses de prés, on s’aperçoit que Kennedy n’a pas fait grand-chose ». Conclusion : le Che non plus…A une question sur la crise des missiles, il a répondu : « Maintenant qu’on a accès aux archives, on sait qu’aucun des deux partis ne voulait une guerre nucléaire ». Là, il renvoie les deux partis dos à dos, il n’y a plus d’agresseur, plus d’agressé.

Personnellement, je suis intervenue pour dire que si c’était bien Ernesto Guevara qui avait entrepris ce voyage, ce n’était pas encore le Che qui en était rentré. Que pour qu’Ernesto Guevara devienne le Che, il faudrait un autre voyage, au cours duquel il allait assister au renversement d’Arbenz au Guatemala, puis rencontrer au Mexique, Hilda Gadea, militante péruvienne apriste en exil, puis Fidel Castro. Je conseille à ceux que ça intéresse la lecture du petit livre de Katrien  Demuynck « Sur les traces du Che » et je me fais apostropher par le président de l’association de cinéma qui me demande si ce livre explique pourquoi le Che s’est séparé de Cuba. J’explique alors que le Che ne s’est jamais séparé de Cuba mais qu’il avait toujours été entendu entre lui et Fidel que le moment venu, il irait porter le combat partout où on aurait besoin de lui.

La responsable d’une association de "commerce solidaire" qui ne commercialise aucun produit cubain, nous a expliqué, pour sa part, que la lutte de son association était la même que celle du Che. Sauf que le Che voulait une amélioration des conditions de vie de TOUT le peuple, non créer des enclaves inégalitaires en améliorant les conditions de quelques uns, ce qui se fait toujours au détriment des autres.

J’espérais pendant cette soirée pouvoir parler de ce qui se passe en ce moment à Cuba, des conditions de vie difficiles provoquées par le passage des cyclones, des agressions constantes dont Cuba est victime mais devant tant d’incompréhension et de mauvaise foi, je dois dire que j’ai renoncé.

Ah, j’ai oublié de vous dire : dans le civil, le représentant de l'association de solidarité avec l'Amérique Latine  est professeur d’histoire…

Si je vous raconte cela aujourd’hui, ce n’est pas pour me plaindre d’une expérience désagréable : j’en ai vu d’autres et je m’en remettrai mais c’est qu’il y a depuis déjà quelques années une volonté manifeste de transformer l’image du Che pour la mettre « à toutes les sauces ». J’ai assisté au moment du trentième anniversaire de son assassinat à une conférence débat des « Amis du Monde Diplomatique » avec François Houtard  et Jeannette Habel, où le Che était présenté comme un altermondialiste, le maire de Porto Allègre en quelque sorte. Or, si le Che voulait, en effet, transformer le monde, et quelqu’un dans la salle l’a rappelé très justement, ce n’est pas de cette façon-là. Pas question pour lui d’humaniser le capitalisme, d’instaurer une taxe Tobin qui par son  existence même légalise la spéculation puisqu’on ne peut payer d’impôt que sur quelque chose de légal.

« Tout part de la conception erronée, disait-il, de vouloir construire le socialisme avec des éléments du capitalisme sans réellement en changer la signification. C’est ainsi qu’on arrive à un système hybride qui mène à une voie sans issue difficile à percevoir dans l’immédiat , mais qui oblige à de nouvelles concessions aux éléments économiques, c'est-à-dire un retour en arrière. »

On veut nous faire croire que la politique économique du Che à Cuba a été un échec simplement parce qu’à un moment donné, un nouveau ministre de l’économie a été nommé et qu’il a appliqué une politique différente. C’est loin d’être un argument suffisant. Si Che n’était pas économiste à l’origine, on sait qu’il a beaucoup étudié l’économie, faisant appel à des économistes réputés, en particulier le français Charles  Bettelheim avec qui il avait des discussions passionnées sur tous les problèmes auxquels il se trouvait confronté. Evoquant sa vie à Cuba, il dira plus tard que jamais il ne s’est promené sur une plage, jamais il ne s’est assis à la terrasse d’un café. Il n’a fait que travailler, travailler, travailler. De cet aspect de la personnalité du Che, on ne nous parle pas car il est plus commode de dire que sa politique irréaliste a conduit l’économie cubaine à la ruine. Ruine qui, plus de quarante ans plus tard, n’est pas encore consommée…

Pas question non plus de pacifisme bêlant car si le Che souhaitait que les transformations puissent se faire de manière pacifique, il savait que ce n’était pas possible à cause des résistances des classes dirigeantes du capitalisme et de la bourgeoisie. Tout jeune déjà, il refusait de manifester sans arme et savait que répondre à la violence n’était pas la provoquer. Le recours à la lutte armée n’était pas pour lui quelque chose de souhaitable en première intention mais une chose qu’il fallait savoir mettre en œuvre au moment où cela devenait inévitable et vital. Il savait aussi faire la différence entre les forces à combattre et les individus victimes eux-même de ces forces et qui croyaient accomplir leur devoir en se battant à leur côté. C’est ainsi que de nombreux soldats de Batista rejoignirent l’armée révolutionnaire après avoir été fait prisonniers car ils n’étaient pas traités en ennemis mais en victimes. Donc même si le Che avait une façon assez personnelle de mener son combat, c’était un combattant et il savait se montrer sans faiblesses quand les circonstances l’exigeaient. C’est cet aspect qui est le plus souvent édulcoré depuis quelques années et si on préfère l’image d’un pacifiste rêveur, romantique, déconnecté de la réalité, c’est que cette image est moins dangereuse politiquement que celle du combattant humaniste que le Che a été.

Que le Che ait eu un destin fulgurant , c’est vrai. De  1956, année où il s’engage aux côtés des révolutionnaires cubains à 1967, année de son assassinat en Bolivie, 11 petites années se sont écoulées. Mais 11 années ô combien remplies ! Il faudrait tout d’abord faire le bilan des transformations accomplies à Cuba : éradication de l’analphabétisme, instauration d’une couverture maladie pour tous, redistribution des terres, des logements, nationalisations, mise en place des coopératives d’état, reconquête de l’indépendance nationale, etc…Il faudrait ensuite énumérer toutes les aides que Cuba a apportée aux pays en difficulté en Amérique Latine et partout dans le monde au cours de cette période et l’énumération serait fastidieuse. Alors l’idée que le destin du Che a été tellement court qu’il n’a « rien fait » relève du mensonge pur et simple. Comme disait Alceste à Trissotin à propos de la composition de son sonnet : « Mais monsieur, le temps ne fait rien à l’affaire ! »

Quant à la comparaison entre  Kennedy et le Che  c’est une insulte pure et simple  pour ce dernier. Pendant son court mandat, Kennedy a mis au point les premiers actes terroristes contre Cuba, l’invasion de la Baie des Cochons, menti effrontément au monde entier lors de la crise des missiles, etc…On ne peut pas dire qu’il n’a rien fait, il n’a fait que du mal.  Pendant ce temps, Che se mettait au service du peuple, coupait la canne à sucre comme travailleur volontaire, défendait son pays contre une invasion de mercenaires, et apportait son aide partout où il pouvait. Il a fait beaucoup  aussi, il n’a fait que du bien ,  mais évidemment, il vaut mieux ne pas parler de cela…on risquerait en en parlant d’en donner une image bien trop positive…et peut-être de susciter des vocations.

Depuis la chute du bloc de l’est, si on ne nous sert plus pour déclarer des guerres, l’argument de la menace communiste, on nous ressasse jusqu’à plus soif que le communisme, parce qu’il est tombé, ne pouvait rien contenir de bon. Or, le Che était communiste et jamais il ne l’a renié. Il faut donc présenter au monde l’image d’un Che non communiste, ce qui est en soi un tour de force mais certains ne sont pas à une contradiction près. Et si le Che, image emblématique pour Tee-shirts ne pouvait être communiste, il va de soi qu’il doit aussi s’être séparé de Cuba et de Fidel Castro, qui constituent l’un des derniers bastions du communisme dans le monde et continuent contre vents et marrées à défendre les valeurs de la révolution de 1959. Jamais le Che ne s’est séparé de Cuba, ni de Fidel Castro. On sait d’ailleurs depuis longtemps qu’en acceptant d’aider les révolutionnaires cubains, Che avait bien posé comme condition que, lorsqu’il le jugerait utile, il reprendrait sa liberté pour aider d’autres pays dans leur lutte. Car Che est un internationaliste convaincu et déjà, à travers ces deux voyages initiatiques qu’il accomplit dans sa jeunesse sur sa Rossinante à moteur, il appréhende  tout le continent comme un seul pays où tout le peuple a droit à la Révolution.

Lorsqu’il organise l’expédition du Congo, c’est en plein accord avec Fidel qui lui fournit hommes et matériel . Il en sera de même en Bolivie et dans sa lettre d’adieu, Che confie sa famille à Fidel et au peuple cubain. Aurait-il fait cela si le moindre désaccord avait surgi entre eux ? Car il était très attaché à sa famille, même si ses actions le retenaient souvent loin d’elle, jamais il ne l’aurait confiée à des personnes en qui il n’avait pas une  confiance absolue. De plus, cette famille vit toujours à Cuba et ses enfants continuent à défendre les idéaux de leur père et la révolution cubaine .Lors d’un séjour en France en 2003, son fils Camillo n’a cessé de répéter qu’au lieu de porter des Tee-shirts à l’effigie de son père, les gens feraient mieux de  lire ses écrits  afin de pénétrer réellement sa pensée révolutionnaire. En effet, pour Che l’application de  la peine de mort, conséquence d’un rapport de forces défavorable, représente  plutôt un témoignage de faiblesse.  Cependant, il y recourait lorsque les circonstances l’exigeaient et que le peuple le réclamait . Et Camillo Guevara  affirmait   que lui-même, dans la même optique, soutenait les mesures prises par le peuple cubain et par Fidel Castro face au danger croissant venant des USA en ce printemps 2003 .  Alberto Granado,  vit lui aussi, toujours à La Havane et affiche toujours les mêmes convictions. Dire que Che s’est séparé de Cuba et de Fidel , c’est dire qu’on peut admirer le Che et ne pas soutenir Cuba et même que si on admire le Che, on ne doit pas soutenir Cuba. Certains vont  jusqu’à affirmer que Fidel l’aurait fait assassiner. On sait bien ce qu’il faut penser d’une telle accusation mais au-delà de la manœuvre de gusano, il y a une idée bien plus pernicieuse parce que moins évidente, qui est : vous qui admirez le Che et qui seriez tenté d’apporter votre soutien à Cuba par respect pour sa mémoire, regardez donc ce que Cuba lui a fait… Le but est de dissocier deux causes qui ne sont pas dissociables pour isoler Cuba.