ERNESTO CHEGUEVARA

BIOGRAPHIE

 

 

Le 9 octobre 1967, dans une petite école perdue sur les hauts plateaux de Bolivie, mourait le plus célèbre guérillero du 20ème siècle :

 

ERNESTO CHE GUEVARA.

Traqué depuis des mois par des milliers de soldats boliviens – aidés par des conseillers étasuniens de la CIA – trahi par ceux-là même qu’il était venu arracher à la misère et à la dictature, ces paysans opprimés pour qui il rêvait de justice sociale, d’ouvrir des écoles et des dispensaires dans chaque village, trahi par les nomenclaturas sur l’autel de la coexistence pacifique, le CHE était blessé en plein combat, fait prisonnier, puis exécuté sommairement, sans procès. Asthmatique, à la santé fragile, ce médecin argentin humaniste au regard de feu, cette figure devenue l’emblème de toutes les révolutions contre l’exploitation des êtres humains entrait dans l’histoire. Il avait trente-neuf ans.

 

SOMMAIRE :

-L’école de la révolution

-La libération de CUBA

-Ministre, ambassadeur…et guérillero

-La guérilla congolaise

-La guérilla bolivienne

-Retour à CUBA

-Mémoire

-CHE et les femmes

-CHE et la famille 10-CHE et le terrorisme 11-CHE et l’humanisme

 

1-L’école de la révolution

14 juin 1928, à Rosario, sur une route proche de Buenos Aires, la capitale de l’Argentine, vient au monde ERNESTO GUEVARA DE LA SERNA, qui sera connu plus tard sous le nom de « CHE » GUEVARA. De sa mère, Celia de la Serna de la Llosa – benjamine d’une riche famille – il gardera tout le long de sa vie, le goût pour la lecture et la langue française. De son père, Ernesto Guevara Lynch, beau jeune homme de vingt sept ans, la prestance et un certain côté bohème et libertaire.

2 mai 1930, à San Isidro en Argentine, alors qu’il est sur la plage, attendant sa mère qui est partie nager, le petit Ernestito prend froid. Dans la nuit, il est victime de sa première crise d’asthme. Jamais cette maladie ne lui laissera de repos. Elle aurait pu lui tracer un destin fait de prudence et de renoncements. Elle va, au contraire, lui donner une rage de vivre et de se surpasser.

1934, Alta Gracia, la crise économique en Argentine oblige les Guevara à changer de domicile. La famille s’installe dans un quartier populaire et leur nouvelle demeure deviendra un lieu d’accueil pour tout ce que la terre comporte de déshérités.

1935, Alta Gracia, l’année de ses sept ans, l’administration s’étonne que le jeune Guevara ne soit pas inscrit à l’école. Il y a pourtant plus d’un an qu’il a appris à lire et écrire, sous la direction de sa mère. Pourvu d’un inhalateur pour lutter contre les crises d’asthme, Ernestito va donc prendre le chemin de l’école communale.

1937, Alta Gracia, quand il ne se bat pas contre les fils de riches ou ne traîne pas avec les « miséreux » de son quartier, Ernestito joue, comme tous les enfants de son âge, à la guerre. Mais la sienne a pour référence celle qui vient de se déclencher en Espagne. Le jour, il dirige les armées républicaines et se bat contre les franquistes fascistes. Le soir, il écoute le récit de quelques exilés que sa famille fréquente.

1946, Cordoba, impossible pour un asthmatique de courir 80 minutes après un ballon de rugby ? Pour être accepté dans l’équipe locale, Ernesto doit accomplir un saut tête la première par dessus un manche à balais posé sur deux chaises et de se recevoir en roulé-boulé sur une surface en ciment. Ce n’est pas une seule fois qu’il effectuera le saut, mais… quatorze.

1947, Cordoba, après avoir passé sans grand enthousiasme en 1945 son BAC, Ernesto cherche sa voie. Il voudrait bien devenir ingénieur, comme son père, mais finalement, la mort de sa grand-mère paternelle – vieille dame aux idées progressistes qu’il veilla pendant 17 jours – le convertit à la médecine.

1950, Argentine, le 1er janvier, avec sa bicyclette qu’il a trafiquée en lui rajoutant un petit moteur, il part pour son premier grand voyage à travers l’Argentine, à la rencontre du petit peuple. Il visite notamment une léproserie. Ce périple de 4500 km aiguise sa conscience politique.

1952, Amérique du Sud, il n’a pas encore son diplôme de médecin en poche et pourtant, le 2 janvier 1952, Ernesto va entreprendre, avec son ami Alberto Granado, (premier membre d’Hommage d’Espace CHE Guevara) de six ans son aîné, un voyage de huit mois à travers le continent sud-américain, visitant successivement le Chili, le Pérou, le Brésil, la Colombie et le venezuela.

1953, Amérique du Sud, à peine son diplôme de médecin en poche, il repart. Cette fois-ci en train. Bolivie, Pérou, Equateur, puis Panama, Costa Rica, Honduras, Guatemala. C’est dans ce pays – où il séjourne quelque temps – qu’il rencontre Hilda Gadea, une jeune péruvienne révolutionnaire marxiste de 28 ans qui deviendra sa femme deux ans plus tard et qui lui donnera son premier enfant, Hilda Beatriz. (Il rencontre également Nico Lopez qui a participé à l’attaque de la caserne Moncada).

1954, Guatemala, après le coup d’Etat de juin qui renverse le président Jacobo Arbenz, et la terrible répression qui s’ensuit – 9000 tués et emprisonnés – Ernesto doit fuir au Méxique.

1955, Mexico, c’est dans la matinée du 10 juillet que va avoir lieu la première rencontre avec Fidel Castro, jeune et brillant avocat de 29 ans, qui a fui Cuba le 26 juillet 1953. Entre les deux hommes, le courant passe. Ils ont en commun un idéal de justice et une haine contre l’impérialisme qui opprime les peuples. Ernesto va suivre son aîné dans sa guerre de libération.

 

2-La libération de CUBA

Le dictateur Fulgencio Bastita, soutenu par les Etats Unis, dirige Cuba depuis le coup d’Etat du 10 mars 1952. Le 26 juillet 1953, cent trente jeunes conduits par Fidel Castro se lancent à l’assaut de la caserne Moncada à Santiago de Cuba. C’est un échec et Fidel est arrêté, emprisonné, puis libéré. Après plus d’une année passée en préparatifs militaires, récolte de fonds auprès d’exilés cubains à Miami, et accessoirement un petit passage dans les geôles mexicaines, Fidel et ses troupes sont prêts à se lancer à l’assaut de Cuba. Celui que désormais les cubains appellent « el CHE » est de leur côté, pas seulement comme médecin, mais bien comme combattant à part entière.

1956, Tuxpan (Mexique), le 25 novembre, ils sont 82 « rebelles » à embarquer à bord du Granma, un yacht de 19 mètres qui n’a pas navigué depuis plusieurs années. Fidel a prévu de rejoindre Cuba en trois jours. Malades, épuisés, affamés, il faudra sept jours aux libératores pour rallier la côte de l’île.

2 décembre 1956, Los Cayuelos (Cuba), le Granma, accoste, ou plus exactement s’échoue dans les marais de Los Cayuelos, dans la province d’Oriente. Impossible de regagner la terre ferme avec le matériel lourd. Celui-ci est laissé sur place. Un caboteur aperçoit le groupe et donne l’alerte. Le lendemain, Castro et ses hommes se font surprendre à Alegria de Pio. C’est la débandade chez les rebelles dont une grande partie est capturée ou exécutée sur place.

Fin décembre 1956, le CHE a rejoint Fidel dont il s’était trouvé séparé dès le début des échauffourées. Le bilan est lourd. Des 82 guérilleros, il n’en reste que 19, plus va-nu-pieds que liberatores, qui essaient de se replier dans la Sierra Maestra, une petite chaîne montagneuse au sud-est de l’île, située dans la province d’Oriente et dont les sommets n’excèdent pas 2000 m. La Sierra Maestra va devenir le repaire des troupes castristes qui organiseront la résistance, préparant les coups de force contre les casernes et les détachements de l’armée batistaine.

En face, Batista dispose d’une armée de 47000 hommes bien entraînés, disposant de matériel lourd, d’une aviation moderne et d’une infrastructure logistique importante.

17 janvier 1957, Rio de la Plata, très rapidement, l’armée rebelle lance sa première offensive contre une garnison en bord de mer.

Les gardes se rendent, mais chose inhabituelle dans ce genre d’aventure, les prisonniers ne sont pas exécutés. Le CHE pensait, en accord avec Fidel, que les soldats ennemis étaient convaincus d’accomplir leur devoir. Mais surtout, il fallait démontrer la supériorité morale de la guérilla par rapport à l’armée de Batista : faire la guerre n’autorise pas n’importe quelle pratique, aux yeux du CHE, et la vie humaine, y compris celle de l’ennemi, est sacrée.

1957, Sierra Maestra, Ernesto se montre un organisateur remarquable. Il dirige, du haut de la Sierra Maestra, une école, un magasin de chaussure, une armurerie et même une imprimerie et une radio.

Le guérilléro ne doit pas seulement savoir se battre, il doit aussi s’éduquer pour devenir un être intégral, ou l’ « homme nouveau » qui vivra dans la société communiste.

Quand il troque le stylo ou le micro pour le pistolet automatique, il devient alors un combattant redoutable, le chevalier Bayard « sans peur et sans reproches » un Robin des bois latino anticapitaliste. A tel point qu’en quelques mois, le bruit court à travers toute l’île qu’il existe parmi les rebelles un médecin argentin qui se bat comme un forcené, soigne les pauvres et les blessés ennemis, auxquels il donne même parfois ses propres médicaments.

21 Juillet 1957, Sierra Maestra, le CHE est nommé Comandante, la plus haute distinction de l’armée rebelle. Il devient ainsi l’équivalent de Fidel. On lui remet la petite étoile argentée qu’il arborera désormais sur son célèbre béret basque noir.

Avril 1958, la Havane, Batista est bien décidé à en finir. Il mobilise dix mille hommes, soit 14 bataillons avec chars, camions et le soutien de l’aviation, pour une opération appelée « fin de Fidel ». Mais Fidel est passé à l’offensive. Il faut dire que son armée s’est étoffée. Il compte désormais plus de 300 barbudos prêts à tout. De plus, il sait qu’il peut compter sur le soutien de la population ouvrière et paysanne.

Eté 1958, Sierra Maestra, le CHE reçoit le commandement de la Ciro Redondo (la ocho) et s’apprête à marcher vers l’ouest. Quelques semaines plus tard, la ocho aura libéré un territoire de huit mille kilomètres carrés. Les armées rebelles ouvrent des fronts tous azimuts.

Décembre 1958, Santa-Clara, c’est la Bataille décisive : le CHE et ses hommes font dérailler un train blindé, ultime recours de la dictature dans sa contre-offensive. L’armée de Batista est complètement démoralisée, et ses officiers se rendent au commandant rebelle sans qu’il ait à tirer un seul coup de feu.

Janvier 1959, La Havane, devant l’échec de sa contre-offensive, le dictateur Batista est contraint à l’exil. Le 1er janvier, il s’envole pour Saint-Domingue. Une semaine plus tard, le CHE est aux portes de la Havane. C’est Camilo Cienfuegos, son meilleur ami depuis l’aventure cubaine, qui est chargé d’obtenir la reddition de la capitale.

 

3-Ministre, ambassadeur…et guérillero

En ce début d’année 1959, le CHE est un homme nouveau : les deux années passées sous le drapeau de la lutte des peuples opprimés en ont fait un homme exemplaire. Grâce à l’intervention du cher Camilo, il retrouve ses parents à la Havane, qu’il n’a pas vus depuis six ans. Les deux Hilda arrivent également à Cuba, et le CHE révèle à Hilda Gadea qu’il va épouser Aleida March, une jeune institutrice cubaine reconvertie dans la guerilla.

10 février 1959, La Havane, honneur suprême pour le comandante, l’étranger reçoit la nationalité cubaine.

Juin 1959, La Havane, au cours des mois qui suivent la chute de Batista, le CHE ne chôme pas. Fidel le nomme ambassadeur plénipotentiaire de Cuba. Quelques jours plus tard, il s’envole pour le premier de ses voyages diplomatiques qui le conduira à travers pas moins de 12 pays du Tiers-Monde.

26 octobre 1959, Camilo Cienfuegos – l’homme aux cent combats et au chapeau de texan – disparaît. Son avion s’est abîmé en mer. Accident, attentat ? Les rumeurs vont bon train. La disparition de l’ami, du frère, touche le CHE au plus profond ; il lui dédicacera son livre la guerre de guerilla : … car la vie d’homme comme lui a son prolongement dans le peuple ; elle ne s’achève que lorsque le peuple en a décidé ainsi.

26 novembre 1959, La Havane, le CHE est nommé président de la banque centrale, lui qui a un mépris total de l’argent. Lors d’une réunion, Fidel a demandé à l’assistance : « y a-t-il un économiste ici ? » Le CHE a levé la main. Il a entendu : « y a-t-il un communiste ? » Il signera les billets d’ « CHE » irrévérencieux, à l’image de son auteur.

17 avril 1961, dans une crise qui aurait pu être fatale au jeune Etat, 1500 hommes – pour la plupart des cubains mercenaires fascistes, soutenus par les Etats-Unis, en exil, hostiles à la révolution – débarquent dans la baie des Cochons (Playa Giron) au sud-est de la Havane. La Havane est bombardée par des avions venant des Etats-Unis.

Il faut moins de 72 heures aux milices populaires cubaines pour écraser la tentatives d’invasion. 114 mercenaires sont tués, les autres sont faits prisonniers, puis échangés contre des biens de première nécessité. Lors de ces combats, le CHE se blesse.

22 octobre 1962, le monde est au bord de la guerre nucléaire. Quelques jours plus tôt, un avion étasunien a photographié sur des sites cubains, des rampes de missiles nucléaire SAM soviétiques pointées vers les Etats-Unis. Le 29, devant la détermination de Kennedy, l’URSS bat en retraite. Le CHE ressent comme un coup de couteau dans le dos la capitulation du «grand frère » soviétique qui n’a même pas informé les dirigeants cubains.

1963 – 1964, les deux années suivantes amorcent une crise qui n’ira qu’en s’amplifiant. Le blocus américain – de plus en plus strict – plonge le pays dans une très grande pénurie. De nombreux produits disparaissent du marché, d’autres sont rationnés. A partir de 1964, le CHE reprend ses voyages à travers le monde. Il devient l’ambassadeur itinérant de Cuba.

24 février 1965, Alger, devant les délégués de 35 pays « amis », dont l’URSS, le CHE prononce un discours virulent à l’encontre des pays socialistes qui dit-il sont complices de l’exploitation capitaliste vis-à-vis des pays du Tiers-Monde. L’URSS, à qui s’adresse indirectement ce message, n’apprécie pas le camouflet et le fait savoir à Fidel.

14 mars 1965, Alger, c’est la dernière apparition en public du CHE. A peine est-il rentré de son voyage qu’il s’enferme avec Fidel Castro pour une longue et secrète conversation, qui dure près de 40 heures. Une semaine plus tard, le CHE disparaît complètement de la scène politique.

 

4-La guérilla congolaise

Le Congo est un des pays les plus riches de la planète en matières premières et un des plus pauvres quant à sa population. Le peuple congolais a été soumis d’abord à l’esclavagisme et au colonialisme bourgeois belge, et jusqu’à maintenant à l’impérialisme capitaliste. A partir de 1885, le roi des belges Léopold II instaure, en recourant à la violence, un système de travail forcé qui provoque plusieurs millions de tués et qui rapporte pour le roi d’énormes bénéfices. Egalement, le Congo a son importance dans l’économie mondiale de globalisation capitaliste en tant que pilier de base de sa lutte contre le communisme et en tant que terrain où l’on pouvait pratiquer en toute impunité une véritable économie de déprédation, ceci sous couvert de dictateurs et d’hommes de paille extrêmement sanguinaires tel que Mobutu. (voir solidarité internationale n°164)

Avril-novembre 1965, Congo, accompagné de 350 hommes bien entraînés, le CHE réapparaît. Il veut y ouvrir un nouveau front révolutionnaire et apporter son aide à Kabila dans la lutte de son peuple contre le colonialisme et l’esclavagisme capitalistes. Le CHE, homme Blanc, se bat au côté de Noirs contre des Blancs. Privées de ravitaillement, épuisées par les maladies tropicales, soumises aux bombardements de l’armée régulière de la dictature capitaliste, les troupes du CHE se retirent dans la nuit du 21 novembre. Aussi, comme il l’écrit lui-même, le manque de préparation, de combativité et la superstition aidant des combattants africains ont été une des raisons fondamentales de la défaite. Mais il faut ajouter aussi le contexte de violence extrême dans lequel se retrouve le CHE et ses combattants. Il faut savoir que ses homologues africains PATRICE LUMUMBA et PIERRE MULELE ont été assassinés -le premier a été torturé puis dissout dans l’acide --les mains et les jambes du second ont été coupées à la hache, les yeux arrachés, son corps encore vivant découpé en petits morceaux, puis répandu à partir d’un hélicoptère sur le fleuve Congo –

Depuis, KABILA qui avait prit le pouvoir et promulgué les comités du pouvoir populaire et dit que sa politique était aux antipodes du léopoltiste ou mobutiste a été assassiné, ceci sous couvert des capitalistes occidentaux. Aujourd’hui, dans l’indifférence, et à cause des intérêts et des concurrences économiques capitaliste le génocide des congolais, qui a déjà fait 3.750.000 morts, continue.

 

5-La guérilla bolivienne

Le général Barrientos, ami des Etats Unis, a pris le pouvoir en Bolivie par un coup d’Etat le 4 novembre 1964. Le CHE revient à Cuba pour préparer un autre objectif. Ce sera la Bolivie. Cette option s’explique par le fait que le CHE savait que Salvador Allende, marxiste, avait de grande chance de gagner les élections présidentielles au Chili et qu’il comptait sur de premiers succès de sa guérilla pour provoquer des réactions dans son pays natal l’Argentine, et au-delà en Uruguay et même au Brésil. La Bolivie devait être le lieu d’une école de guérilla qui essaimerait partout en Amérique Latine. Le projet bolivien n’était donc pas une aventure romantique. De plus, le CHE voulait ouvrir un front en Amérique du Sud pour forcer les Etats-Unis à ne plus concentrer toutes leurs forces sur le Vietnam : il aidait ainsi le peuple vietnamien qu’il trouvait « tragiquement seul en ce moment de l’histoire ».

Octobre-novembre 1966, La Havane, les services secrets cubains ont fait du bon travail. Qui pourrait soupçonner que cet homme chauve, aux grosses lunettes d’écaille, est en fait le guérillero le plus célèbre du monde. Même ses enfants ne le reconnaissent pas. Le 3 novembre, il prend pied sur le sol bolivien.

Novembre 1966, Nancahuazu, dès le début l’intervention s’engage mal, Mongé, secrétaire général du parti communiste bolivien a promis à son passage à la Havane cent combattants. Il ne tiendra pas parole sur pression d’agents soviétiques. La guérilla du CHE en Bolivie sera victime de cette trahison.

Févier 1967, Nancahuazu, le CHE compte ses troupes. De Cuba, il a emmené avec lui une quinzaine d’hommes, triés sur le volet. Le reste de ses combattants, il le trouve sur place. Quelques communistes réfractaires à leurs partis. Soit environ une quarantaine d’hommes.

Mars 1967, Nancahuazu, plusieurs de ses hommes sont arrêtés, dont Régis Debray un intellectuel français et Ciro Bustos un argentin, certains parlent. Le 23, alors qu’il n’est pas encore prêt, le CHE doit livrer son premier combat. Le bilan est positif. Mais bientôt 2000 soldats à la solde du fascisme encerclent les guérilleros.

Avril 1967, Nancahuazu, la radio n’émet plus, le ravitaillement est aléatoire, les contacts avec les appuis extérieurs sont épisodiques. Mais il en faut plus pour décourager le CHE, il déménage, change souvent de cachette, se fond dans un environnement hostile. Il fait courir et décourage l’ennemi. La guérilla remporte quelques victoires non négligeables.

6 juillet 1967, Samaipata, les guérilleros se rendent maîtres de cette petite ville. Malheureusement, la santé du CHE se détériore de jour en jour. Privés de nourriture et d’eau, certains guérilleros en sont réduits à boire leur urine. L’odyssée, sans suffisamment d’appui populaire se transforme en calvaire.

30 août 1967, Nancahuazu, alors que la guérilla est scindée en deux, un groupe tombe dans une embuscade à Vado del Yeso. Trahis par un paysan, les dix guérilleros se font surprendre. Le groupe est entièrement massacré. Aidée par des agents de la CIA, c’est le premier macabre succès de l’armée bolivienne.

Septembre 1967, Nancahuazu, tout le mois se passe à essayer de trouver un moyen pour sortir de cette situation. Pour échapper aux soldats, les hommes marchent la nuit, dorment le jour, tapis au fond de gorges étroites presque inaccessibles.

8 octobre 1967, La Higuera, les 17 guérilleros épuisés, leurs vêtements en lambeaux, sont pris au piège : ils sont complètement encerclés par 2000 soldats. Plusieurs sont tués en combattant. Le CHE est accompagné de Willy (identifié sous le nom de Simeon Cuba) un mineur bolivien qui a rejoint la guérilla. Le CHE est blessé au mollet, avec des chiffons comme chaussures, sa casquette et son fusil troués par des balles, tente une nouvelle fois de s’échapper. Puis, il se retrouve en face de deux soldats ennemis, impossible de tenter le moindre geste – « je suis CHE GUEVARA » dit –il – De même que Willy, il est capturé, puis enfermés isolément, pieds et poings liés, dans la petite école de ce village. L’être humain qui s’est tant battu pour la liberté des autres est définitivement enchaîné.

9 octobre 1967, dans la petite école, Juan Pablo Chang et Simeon Cuba, prisonniers sont passés par les armes. le CHE, l’homme le plus dangereux pour le capitalisme et dont sa tête était mise à prix, dans de derniers efforts, crache au visage de « Ramos » un renégat cubain, devenu agent de la CIA et venu pour l’interroger – je ne parle pas avec les traîtres lui déclare t-il – Il est 13h10, le CHE, est assassiné sauvagement, sans autre forme de procès, par le sergent Mario Téran en état d’ivresse -tire, lâche tu vas tuer un homme, seront les dernières paroles du CHE -On dénombrera neuf impacts de balles sur son corps, et bien plus dans les murs. Il est mort tel qu’il avait vécu : en partageant la condition des plus humbles. Ses yeux resteront ouverts. Le lendemain, le cadavre du guérillero heroïco est exposé comme un trophée devant les journalistes. Puis, les barbares lui tranchent les deux mains (qui seront conservées en laboratoire et que l’on retrouvera plus tard à Cuba) et enterrent son corps à la sauvette.

 

6-Retour à CUBA

Juillet 1997 une équipe cubano argentine, après des recherches, découvre une fosse commune dans laquelle les restes du comandante CHE GUEVARA sont identifiés. Le 12 juillet il est rapatrié à Cuba avec un accueil populaire et un hommage militaire solennels, ce qu’il n’aurait pas

apprécié, lui qui disait : « les honneurs, ça m’emmerde ». Sa mémoire présente repose désormais dans un mausolée à Santa Clara -la ville qu’il libéra -un gigantesque monument y a été construit sur lequel le CHE se dresse en tenue de guérillero, le bras gauche en écharpe.

 

« Qu’importe où nous surprendra la mort, qu’elle soit la bienvenue, pourvu que notre cri de guerre soit entendu, qu’une autre main se tende pour empoigner nos armes et que d’autres hommes se lèvent pour entonner les chants funèbres dans le crépitement des mitrailleuses et des nouveaux cris de guerre et de victoire »

 

7-Mémoire

Le CHE restera dans l’histoire un être des plus complets (voir citation de Jean Paul Sartre) qui aura su donner sa vie pour essayer d’améliorer celle des exploités et des humiliés de ce monde.

Le CHE a été ministre de l’industrie à Cuba et il a développé des thèses économiques très intéressantes lors de débats épistolaires avec des économistes marxistes. Carlos Tablada, un économiste a rassemblé, étudié et présenté dans un livre intitulé la pensée économique du CHE, l’essence des idées du CHE sur l’économie telles qu’il les a exprimées dans les discours, des tests écrits, des articles sur un sujet aussi décisif pour la construction du socialisme, ce qui lui a valu, en 1987, le prix spécial ERNESTO CHE GUEVARA au concours littéraire de Casa de las Américas.

 

« Le socialisme économique sans la morale communiste ne m’intéresse pas.

Nous luttons contre la misère, mais aussi contre l’aliénation. Marx se préoccupait autant des faits économiques que de leur traduction dans l’esprit. Si le communisme néglige la conscience, il peut être une méthode de répartition, mais il n’est plus une morale révolutionnaire »

 

8-Le CHE et les femmes

Le CHE aimait les femmes, mais avant tout il les respectait. « je ne serais pas un homme si je n’aimais pas les femmes, mais je ne serais pas un révolutionnaire si par amour des femmes je cessais d’accomplir un seul de mes devoirs, ainsi que mes devoirs conjugaux » Un certain nombre de ses écrits démontrent qu’il était tout à fait conscient de la nécessité de la lutte contre l’exploitation de la femme par l’homme, y compris dans les pays construisant le socialisme « la femme peut jouer, dans le développement d’un processus révolutionnaire, un rôle d’une importance extraordinaire. Il est bon de rappeler, car il existe, dans nos pays à mentalité coloniale, une nette sous-estimation de la femme qui va jusqu’à une véritable discrimination ». Pendant ses révolutions, plusieurs femmes se sont jointes aux troupes rebelles, dont Tamara Bunke « Tania la guérillerra », le CHE les a traitées de la même façon que les hommes « La femme est capable d’effectuer les travaux les plus difficiles, de combattre aux côtés des hommes et ne crée pas, dans la troupe, comme on le prétend, de conflit de type sexuel. Dans la vie difficile du combat, la femme est un camarade qui apporte les qualités propres à son sexe ; mais comme l’homme, elle peut travailler et se battre. Elle est plus faible, mais non moins résistante, et peut mener à bien, aussi bien que l’homme, toute une gamme de tâches combattantes. A Cuba, elle a tenu à divers moments de la lutte, un rôle de premier plan ». Marié deux fois – tout d’abord avec Hilda Gadéa, une péruvienne qui l’initia au marxisme et qui lui donna son premier enfant, Hilda Béatriz, ensuite avec la cubaine Aleida March qu’il rencontra dans la Sierra Maestra, dont il aura quatre enfants, Aleidita, Camilo, Célia, Ernestito -

9-Le CHE et la famille

Concernant la famille le CHE en avait un sens révolutionnaire, c’est à dire qu’il ne concevait pas la famille sous un aspect religieux et bourgeois : « le socialisme n’a jamais décrété que l’on doit rester avec la même personne toute sa vie… ». « je vis avec cet esprit anarchiste qui me fait rêver d’horizons… ». « je t’avouerai avoir sans doute plus d’affinités avec une baleine qu’avec un ménage bourgeois… ». en parlant de sa fille Hilda quand elle était petite : « elle est plus mal élevée que la plupart des enfants…elle mange comme je mangeais… ». « je ne laisse aucun bien matériel à mes enfants et à ma femme et je ne regrette point…puisque l’Etat leur donnera ce qu’il suffit pour vivre et s’éduquer ». (Lettre d’adieu à ses enfants) : « surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de vous-mêmes toute injustice commise à l’égard de qui que ce soit dans quelque partie du monde que ce soit, c’est la plus belle vertu d’un révolutionnaire… ». « mais on doit permettre que, une fois remplies les simples formalités requises par la loi de la guérilla, les personnes qui s’aiment et sont sans engagement puissent contracter une union dans la sierra pour y mener une vie conjugale ».

Le CHE n’acceptait aucun privilège ni pour lui ni pour sa famille. Il n’a pas abandonné sa famille à Cuba ; il a combattu jusqu’à se faire assassiner pour que tous les enfants puissent s’éduquer et vivre correctement.

 

10-Le CHE et le terrorisme

En ce qui concerne le terrorisme le CHE signale quelques points très importants dans son interprétation: « il faut clairement dissocier le sabotage, moyen révolutionnaire hautement efficace, du terrorisme, moyen assez inefficace en général, aux conséquences imprévisibles qui fait bien souvent des victimes parmi des gens innocents, et qui coûte un grand nombre de vies utiles à la révolution. Le terrorisme doit être considéré comme moyen valable quand on s’en sert pour châtier un dirigeant notable des forces d’oppression, connu pour sa cruauté, son efficacité dans la répression, et dont on sait que sa suppression serait utile… » « L’attentat et le terrorisme aveugles ne doivent pas être employés. Il est préférable de faire un travail de masse, d’inculquer l’idéal révolutionnaire… » « à un moment précis un coup de feu bien placé est beaucoup plus fort et plus positif que la plus forte et la plus positive des manifestations pacifistes »

11-Le CHE et l’humanisme

CHE a toujours eu un profond respect pour la vie humaine, même quand il s’agissait de ses ennemis. Il refusait que l’on maltraite les prisonniers « la clémence doit être la plus large possible à l’égard des soldats qui vont combattre pour accomplir – ou du moins ils le croient – leur devoir militaire. Pas de prisonniers lorsqu’il n’y a pas de grandes bases opérationnelles ou de lieux peu accessibles : les survivants doivent être rendus à la liberté, les blessés soignés par tous les moyens possibles ». C’était un authentique révolutionnaire qui a payé de sa personne pour mettre en œuvre ses idées, et un authentique humaniste qui avait une très haute idée de l’être humain. C’est pourquoi il ne voulait pas que le socialisme se réduisît à davantage de bien-être pour l’homme, mais que celui-ci y devînt un homme nouveau avec une éthique révolutionnaire et un niveau de conscience très élevé « le socialisme économique sans la morale communiste ne m’intéresse pas » « el hombre nuevo no es égoïsta ». Cet état d’esprit tranche d’une façon antagonique avec la « morale » capitaliste et bourgeoise.

Les combats du CHE ont été justes et propres et il nous revient d’en prendre exemple, de les poursuivre et de les gagner pour donner un véritable sens à la vie.

Rêver, lutter et conquérir :
« soyons réalistes,exigeons l’impossible »

 

 

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