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La Havane. 8 Octobre 2008

 

Le Che en quatre temps

Hector Arturo

Fidel, dans ses conversations avec Ignacio Ramonet

TEMPS PREMIER

Naître, et l’asthme au milieu du froid intense de Rosario. Les premiers pas, les premiers tours à vélo, jouer avec le chien, apprendre les voyelles, les consonnes et les chiffres avec Don Ernesto et Doña Cecilia ou une institutrice rurale… Mais avec l’asthme omniprésent, étouffant l’enfant qui se refuse à succomber au manque de souffle, car il s’entête à tout faire comme les autres, sans savoir qu’il allait même les surclasser.

Déménager de la maison de Buenos Aires en quête d’un meilleur climat pour sa santé chancelante, et grandir et taper dans un ballon, escalader des montagnes et donner libre cours à sa passion pour les lettres et les sciences.

Troquer le petit vélo d’enfant pour la motocyclette de l’adolescent pour s’imposer le défi de parcourir Notre Amérique, et découvrir, à l’insu de tout le monde, comment survivent les gens qui vivent du rio Bravo à la Patagonie.

S’inscrire dans une faculté de médecine et décrocher son diplôme. Pas pour ouvrir une clinique privée, mais pour mettre son savoir au service des lépreux, auxquels aucun condisciple n’ose venir en aide.

Pagayer en aval comme en amont à bord d’un radeau de fortune, prendre des photos de paysages et de gens, écrire des lettres et quelques poèmes. Et l’asthme dans tout cela ? Très bien, merci.

TEMPS SECOND

Au Guatemala, un gouvernement populaire est en danger, et le revoici au Guatemala armé d’un « bufo », comme les Argentins appellent le revolver, prêt à défendre les progrès exigus que les yankees ont empêché de poursuivre à Jacobo Arbenz. Le Mexique ouvre ses portes au voyageur inlassable, et chez Maria Antonia, après à peine une nuit de conversation avec un autre jeune rêveur comme lui, nommé Fidel Castro, il devient le premier de la liste des membres de l’expédition à bord d’un yacht de plaisance transformé, en plein milieu d’une mer déchaînée, en bâtiment de guerre allant rendre la liberté à Cuba.

Naufrage, plus que débarquement. Surprise ennemie et baptême de feu. Alternative : emporter le sac contenant les médicaments ou le fusil ? Il opte pour le fusil, afin de sauver un peuple des maux sociaux qui l’affligeaient et qui sont pires que toutes autres les maladies et les blessures par balles. A nouveau les montagnes, qu’il doit à présent escalader entre chaque combat, desquelles il doit encore redescendre pour ensuite se hisser au faîte de son combat avec l’exploit incomparable de la marche d’est en ouest, qui coupa l’île de Cuba en deux pour l’unir encore plus en freinant l’ennemi à Santa Clara et accélérer l’aube du Premier Janvier 1959.

TEMPS TROISIEME

Commandant et économiste. Ministre machetero. Citoyen cubain de naissance. Homme politique et constructeur. Spécialiste et critique. Créateur du travail volontaire. Esprit inventif. Catalyseur d’idées. Révolutionnaire. Communiste. Internationaliste. « Je laisse ici le plus pur de mes espoirs de constructeur et un peuple qui m'a accepté comme un fils... ceci me réconforte et guérit les plus profondes blessures. Rien de légal ne me lie plus aujourd'hui à Cuba, en dehors de liens d'une autre nature qu'on n'annule pas comme des titres ou des grades. D'autres terres du monde réclament le concours de mes modestes efforts… » Et il dirige ses pas vers d’autres terres d’Afrique et d’Amérique latine, en sentant ses talons heurter les côtes saillantes de Rossinante, le bouclier au bras, pour créer deux, trois, beaucoup de Vietnam sous le crachement des mitrailleuses et de nouveaux cris de guerre et de victoire.

TEMPS QUATRIEME

Le 9 octobre 1967, prisonnier depuis la veille dans la petite école inconnue de La Higuera, il devait donner son meilleur cours d’histoire. Les terroristes déclarés qui l’ont assassinés sur ordre express de Washington n’auraient jamais imaginé qu’un homme âgé de 39 ans seulement pourrait se multiplier autant de fois pour renaître à chaque instant sur tous les confins de la planète.

Et le voilà, réincarné en marbres, en pierres, en graffitis exhortant aux grèves et aux manifestations ; sur les affiches et les photos qui ornent les avenues, les rues, les parcs, les places, les écoles et les usines du monde ; on le retrouve en poèmes et chansons entonnés par des millions de personnes dans toutes les langues.

Dans le présent comme l’avenir, car jamais on ne pourra parler du Che au passé car il continue de convoquer les oreilles réceptives à cette marche unie dans laquelle il n’y a d’autre alternative que sa phrase qui résonne avec force d’un écho universel et unanime : Hasta la victoria siempre !

UN DES HOMMES LES PLUS NOBLES, LES PLUS EXTRAORDINAIRES

Le Che… est l’un des hommes les plus nobles, les plus extraordinaires et les plus désintéressés que j’ai jamais rencontrés. Ce qui est important, c’est de savoir que des hommes comme le Che, il y en a des millions, des millions et des millions sur la terre.

Les hommes qui se détachent du lot ne pourraient rien entreprendre si des millions, en tous points identiques, n’avaient en eux l’embryon de ces qualités ou la capacité de les acquérir. C’est pour cela que notre révolution s’est acharnée à lutter contre l’analphabétisme et à développer l’éducation, pour que tout le monde soit comme le Che.